Grâce aux techniques avancées de numérisation d'ouvrages - comme celle du centre de numérisation Infotechnique à Strasbourg et ses machines « tourne-pages » automatiques - de grandes bases de données en ligne d'ouvrages numériques ont vu le jour sur la toile.
La dématérialisation d'ouvrages, c'est à dire sous la forme de fichiers électroniques gratuits ou payants pour être lus sur un écran ou imprimés, est la tendance vers laquelle bibliothèques et groupes financiers s'engagent.
En situation de quasi-monopole, Google suscite la polémique. Mais d'autres projets de grandes envergures sont en cours : c'est le cas de la Bibliothèque Numérique Européenne.
NOM DE CODE : B N E
La création d'une Bibliothèque Numérique Européenne (BNE) est un projet important pour l'ensemble des bibliothèques de l'Union Européenne, et ses enjeux sont nombreux.
Avec la création d'un Comité de Pilotage en juillet 2005, la direction de la BNE consiste à créer une bibliothèque destinée au grand public, gratuite pour les oeuvres libres de droit et qui recevra les fonds numérisés des bibliothèques nationales des 25 pays membres de l'UE.
D'autres pays sont venus s'ajouter aux projets (Pérou, Chili, Brésil) ainsi que des bibliothèques francophones extra européenne comme celles du Québec et d'Égypte.
La BNE proposera donc des documents numérisés : livres hors-droits, livres sous-droits et périodiques ; et l'initiative se base sur un classement raisonné des savoirs et une mise en avant de fonctionnalités reposant sur des pratiques bibliothécaires.
Quelques questions se posent dans la mise en place d'un tel projet :
Tout d'abord les questions liées à la numérisation : à ce propos, il a été décidé que les ouvrages numérisés devront l'être uniquement au mode texte (le mode image étant jugé obsolète). Parmi les ouvrages que la France proposera dans ce projet, on retrouve les contenus du fonds Gallica. Or, ce fonds actuellement numérisé au format image devra être entièrement re numérisé pour correspondre aux exigences établies par le Comité de Pilotage.
Viennent ensuite les questions liées au financement : le modèle retenu repose sur un partenariat public-privée. Même si la Commission Européenne et le Ministère de la Culture en France sont engagés à débloquer des fonds, les déclarations d'intention restent modestes et des opérateurs privés tels que Thomson s'investissent dans ce projet. Ils ont d'ailleurs réalisé le prototype du futur portail de la BNE.
Un accord entre tous les contributeurs portera sur les critères de sélection des ouvrages afin de créer une cohérence entre les fonds numérisés. L'objectif visé pour 2008 est de 2 millions d'ouvrages disponibles.
OU TELECHARGER DES LIVRES NUMERIQUES ?
En attendant l'ouverture de la BNE prévue pour fin 2006 / début 2007, voici une sélection de bibliothèques ou sites commerciaux en ligne proposant déjà la consultation ou l'achat d'ouvrages numériques :
La version Bêta de Google : Recherche de Livres
http://books.google.com
Avec un lancement très médiatisé, ce moteur de recherche puissant recense romans, dictionnaires, essais, ouvrages scientifiques, médicaux, professionnels ou éducatifs ainsi que certains ouvrages rares ou épuisés.
Anciennement connu sous le nom de Google Print, puis Google Book Search, le moteur s'est francisé en Google Recherche de Livres. Lancé en 2004, ce projet a été le premier à proposer un produit innovant, gratuit et facile à utiliser.
Si le livre est libre de droit, c'est à dire considéré comme appartenant au domaine public, il est consultable dans son intégralité. Sinon, pour les livres payants, la visualisation se limite à quelques pages ou à un chapitre.
Le projet TEL : The European Library
The European Library est un portail qui donne accès aux ressources des bibliothèques de 43 pays dont la France qui a contribué avec le catalogue de la BNF, BN OPALE Plus.
La recherche est gratuite mais l'accès aux documents électroniques peut être payant dans certains cas. Son objectif de rendre accessible l'univers du savoir, de l'information et de la culture de toutes les bibliothèques nationales d'Europe
La Bibliothèque numérique GALLICA
http://gallica.bnf.fr/
Bien que la bibliothèque numérique de Gallica sera intégré dans le fonds de la BNE, elle est incontournable et propose une collection importante d'ouvrages et documents numérisés. On y trouve 90 000 volumes imprimés en mode image, 1200 volumes imprimés en mode texte, 500 documents sonores et 80 000 images fixes.
Bibliothèque d'outils pour la recherche, elle a le seul défaut d'avoir l'essentiel de son fonds numérisé au format image.
Numilog
La base de données de ce site marchand contient plusieurs milliers d'ouvrages de références à télécharger : la collection de dictionnaire Oxford, les romans récents d'auteurs anglo-saxons, et une collection d'ouvrages de référence dans les domaines scientifiques, linguistiques et informatiques.
De plus le prix d'achat des livres téléchargeables se révèle être moins cher que la version papier ! De quoi vous décider à lire au format numérique !
La bibliothèque libre de WIKISOURCE
Avec près de 24000 textes passés dans le domaine du public ou publiés sous licence libre, les contributeurs volontaires de Wikisource proposent les livres uniquement au format HTML et la lecture en ligne. Impossible donc de rapatrier les fichiers directement à partir de l'interface.
La bibliothèque de l'INHA
Opérationnelle depuis avril, elle propose plus de 300 classiques de l'histoire de l'art du XVI au XIX siècle, ainsi qu'une importante collection de catalogues du Musée du Louvre antérieurs à 1920.
La numérisation s'est portée également sur le domaine iconographique (dessins, estampes, photographies...)
Le projet OCA : Open Content Alliance
Conçu par Yahoo !, avec l'alliance d'acteurs de l'industrie informatique tels que Microsoft, Hewlett Packard et Adobe ainsi que des bibliothèques et musées internationaux, ce projet doit être lancé au mois d'octobre 2006.
Ce projet à but non lucratif et multilingue sera indexé par Yahoo ! et consultable grâce aux flux RSS. On y trouvera entre autre les ouvrages tombés dans le domaine public, un large champ de monographies et de périodiques représentatifs de pays et d'époques différents.
L'AFFAIRE GOOGLE
Dans l'actualité, un débat anime actuellement Google et les maisons d'éditions.
En effet, le Groupe La Martinière qui contrôle notamment Le Seuil a déposé le 6 juin une plainte pour « contrefaçon et atteinte au droit de la propriété intellectuelle » contre Google et sa filiale Google France. Il reproche à Google d'avoir numérisé et mis en ligne plusieurs de ses titres sans son autorisation et demande 1 million d'euros à titre symbolique et des astreintes très lourdes de 100 000 euros par jours et par infractions.
Des procédures similaires sont en cours aux États-Unis et en Allemagne.
Il faut comprendre que Google a tenté de défier la législation sur les droits d'auteur car, au lancement de son initiative, aucun accord préalable n'avait été passé avec les éditeurs. Même si aujourd'hui, le groupe annonce avoir passé 10 000 contrats d'accord d'éditeur dans le monde, il doit faire face à la réticence des maisons d'éditions française.
Mais surtout, le principe de collaboration du Google tient en une procédure surprenante : si l'auteur ou l'ayant droit ne se manifeste pas de lui-même pour indiquer qu'il ne souhaite pas que son livre soit consulté en ligne auprès de Google, cette non-manifestation de l'auteur revient à un accord de principe à voir son oeuvre mise en ligne. Plus clairement, Google a fait un retournement du droit !
Le groupe campe sur ses positions et espère convaincre les maisons d'éditions avec ce système. A suivre...
Avec l'utilisation croissante des ressources électroniques, la numérisation est une chance pour la recherche, la lecture et l'accès à l'information.
Les critiques de bibliothécaires sont nombreuses face à Google Recherche de Livre : contenus en désordre selon des hiérarchies aléatoires, mise en ligne de textes sans l'autorisation des éditeurs...
Mais même si le projet de Google a tenté de passer outres de certaines formalités indispensables, on ne peut renier les avantages considérables de ce projet pour la recherche et l'identification des textes qu'aucune bibliothèque ne peut offrir aujourd'hui à cette échelle.
Et on peut se demander si l'objectif premier qui a motivé le projet « BNE » est bien de rendre accessible des ouvrages numériques au public ou s'il n'est pas plutôt issu d'une volonté politique pour contrer Google?
Le projet BNE aurait-il vu le jour aussi rapidement sans le coup de force de Google ?
Article conçu à partir de :
Archimag, juin 2006 ; dossier « premier pas des bibliothèques numériques » ; p.19 à 29.